Confrontation de deux analyses, Todd/Lellouche, qui tiennent chacune à des éléments essentiels, tout en « priorisant » chacune comme facteurs déterminants des données qui semblent formellement les opposer même s'il y a une convergence sur quelques grandes lignes d'approche réaliste et pragmatique.
Globalement, il est désormais impossible de penser la situation en Ukraine autrement que comme une défaite de l'Occident placé sous l'égide des USA : toute l'industrie occidentale coalisée n'est pas parvenue, même avec une escalade constante dans l'engagement de nouveaux moyens, à faire reculer la Russie derrière les frontières d'avant 2014 et le Maïdan, ce qui était son but politique et stratégique annoncé. En ce sens c'est donc d'abord et avant tout une défaite des USA, en tant que pilier central de l'Occident, tant sur le plan économique que militaire.
Si l'on évalue cette situation à l'aune de ce qu'était la puissance des USA au sortir de la deuxième guerre mondiale, avec sa capacité industrielle et militaire à submerger la moitié du monde, mais pas encore la nouvelle sphère d'influence soviétique, la situation globale est donc bien celle d'une défaite globale non seulement de ce pays, les USA, mais bien aussi de toute sa sphère d'influence qui n'avait cessé de s'étendre, depuis la fin « officielle » de la guerre froide décrétée par l'effondrement de l'URSS.
Pour autant, et en ce qui concerne strictement la situation en Ukraine, jusqu'à présent, la situation n'est encore qu'une victoire relative de la Russie, qui reste loin de ses objectifs annoncés concernant une véritable neutralisation de cette partie stratégiquement essentielle du continent européen dans le rapport de force Est/Ouest. L'échec de 2022 à déstabiliser rapidement le régime de Kiev, suivi des replis successifs jusqu'à la stabilisation du front au cours de l'hiver, consacrée au printemps 2023 par la victoire de Wagner à Bakhmout, premier acte de l'échec de la « grande contre-offensive » ukrainienne, a laissé des traces et des cicatrices qui prendront du temps à se refermer dans la société russe. Cette situation de « demi-victoire » implique donc que la Russie ne peut plus faire de concessions sur ses objectifs militaires adossés à un « minimum vital » qui reste la neutralisation de la partie « occidentale » de l'Ukraine, et donc autrement que comme un bastion crypto-otanien.
A cet égard, l'enjeu de qui contrôlera, in fine, Odessa et sa région maritime reste bien une sorte de pivot stratégique du futur statut de « neutralité » de l'Ukraine, ou plus exactement, de ce qu'il en restera.
C'est, en quelque sorte, le « curseur » du nouveau rapport de force en voie de « stabilisation » plus ou moins durable.
A cet égard, encore, la « stabilisation » de cette situation militaire et géostratégique en Europe reste tributaire de l'évolution de la nouvelle situation géoéconomique mondiale créée par l'assaut trumpiste « contre » l'économie mondiale, visant à restaurer une économie endogène aux USA, ce qui reste manifestement un « pari » risqué et susceptible de ramener une situation de conflictualité aigüe, dans laquelle, en cas de destitution de Trump, l'Ukraine redeviendra un abcès de fixation ouvert et sanglant du nouveau rapport de force.
A court ou moyen terme, de façon pragmatique et réaliste, l'effondrement du front ukrainien serait donc, en toute logique, un facteur de paix et de stabilité enfin retrouvée en Europe.
Luniterre
https://cieldefrance.eklablog.com/2025/04/ukraine-la-france-veut-elle-la-paix.html
L’Europe a-t-elle peur de la paix ?
vidéo 1h50
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G - 24 mars 2025 - Emmanuel Todd et Pierre Lellouche
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Alors que les gouvernants européens, parmi lesquels Emmanuel Macron, semblent plus que jamais belliqueux et décidés à en découdre au moins verbalement avec la Russie de Vladimir Poutine, il reste encore des voix pour la paix dans notre pays, et une diplomatie qui assure la sécurité des peuples. Deux des plus prestigieuses d’entre elles, et qui ont vu juste dès le printemps 2022, étaient sur l’antenne de QG autour d’Aude Lancelin ce lundi soir. Ne manquez pas cette rencontre très attendue entre Emmanuel Todd, historien, auteur de « La Défaite de l’Occident » (Gallimard), best-seller désormais mondial, et Pierre Lellouche, ex-ministre, auteur de « Engrenages. La guerre d’Ukraine et le basculement du monde » (Odile Jacob). Notre média indépendant a reçu ces deux figures intellectuelles et politiques, engagées depuis 2022 pour une paix juste en Ukraine.
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