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Pour ceux qui ont l'âge de s'en souvenir, la Résistance Populaire aux tentatives putschistes des "généraux d'Algérie", au début des années 60, s'est faite encore assez massivement aux cris de "le fascisme ne passera pas!". Si l'on se place dans la perspective d'un renversement possible des institutions républicaines par un éventuel pouvoir militaire direct, ce n'était pas forcément un cri tout à fait dépourvu d'à propos, même si le mouvement en faveur du colonialisme ne manifestait qu'une partie "restreinte" de ce qu'avait été la panoplie réellement fasciste de la Kollaboration, et même des ligues réellement fascistes d'avant guerre.
Depuis lors ce genre de cri, mais le plus souvent reformulé en son ersatz "risque de fascisation", n'a cessé de ressurgir à de multiples occasions, à chaque soubresaut de l'agitation politique, mais sauf à l'occasion des relativement modestes 16,9 % de voix qui ont permis en 2002 l'accession de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle, la menace d'un "retour au fascisme", en France, n'a jamais été réellement prise au sérieux par la population, et même à cette occasion, le risque d'avoir au pouvoir un Jean-Marie Le Pen qui n'en voulait pas réellement était plus que largement surestimé, comme la suite et l'évidence ne pouvaient que le montrer. Comme on peut le voir encore sur les vidéos d'époque, le thème de mobilisation était plutôt une prolongation de l'esprit "black-blanc-beur" de la coupe du monde 98 de foot qu'une réelle crainte de "fascisation" du régime politique français.
Une autre époque, déjà révolue, et encore relativement "bon enfant", au sens où la violence urbaine quotidienne, et précisément désormais massive à chaque événement "de masse" n'avait pas encore imprégné la société française.
Mais considérer l'héritage éventuel du fascisme simplement sous l'angle de la violence ne fait pas non plus sens, ni politiquement, ni en termes de déterminisme social et économique. Dictature et violence politique, raciste ou non, ont été l'apanage de bien des régimes politiques, historiquement, et bien avant l'apparition du concept même de fascisme. C'est ce que l'on a déjà vu à de multiples reprises, dans nos colonnes, mais qu'il apparaît toujours nécessaire de répéter pour savoir de quoi l'on parle et éviter de sombrer dans le confusionnisme et l'approximation.
Le fascisme "historique" est mort avec sa matrice, le capitalisme productiviste, le totalitarisme "moderne" est déjà là sous le masque du banco-centralisme.
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A mesure que s'approche l'échéance normalement prévue des présidentielles 2027 et avec la publication des divers "sondages", avec la force quasiment "doublée" par rapport à 2002, du "clan Le Pen", et qu'il soit "incarné" par l'un ou l'une de ses "leaders", c'est donc le mythe de la "fascisation" qui resurgit avec des trémolos dans les discours supposément "de gauche", mais sans susciter pour autant une "mobilisation" qui rappellerait, même de loin, celle de 2002.
Comme on l'a déjà vu, mais comme il est également nécessaire de le répéter, le fascisme "historique" était essentiellement le produit de fractions de la bourgeoisie monopoliste dépourvues d'un accès suffisant, à leur gré et vis à vis à vis de leurs "concurrentes", aux ressources coloniales. Le fascisme historique apparaît donc dans un contexte de crise internationale, mais qui reste, tout comme la "grande crise" de 1929, une "crise de croissance" du capitalisme productif, même si violente et relativement durable.
Mais c'est donc à nouveau malheureusement ce qui ne ressort pas du dernier échange d'Aude Lancelin, sur son média QG, avec l'"historien amateur", comme il se définit lui-même modestement, Xavier de Jarcy, à propos de son livre "le fascisme en col blanc". En historien amateur et "modestement", mais c'est donc effectivement, semble-t-il, une modestie assez à propos, comme on va le voir:
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Cliquer ici ou sur l'image pour la vidéo en MP4
Le point de départ de ce livre prétend être, selon son auteur, la "filiation" entre le mouvement "Redressement Français" fondé en 1925 et dirigé essentiellement par Ernest Mercier et le mouvement dit "la cagoule", fondé essentiellement, quant à lui, par Eugène Deloncle, à partir de l'été 1936:
"Le 13 février 1936, lors des funérailles de l'intellectuel d'extrême droite Jacques Bainville, la voiture de Léon Blum est interceptée fortuitement et celui-ci est violemment agressé. Le 18 juin 1936, le Front populaire de Blum dissout les ligues. Le même jour, le PNR se dissout et laisse la place à l'Osarn (« Organisation secrète d'action révolutionnaire nationale ») ou « Comité secret d'action révolutionnaire » (CSAR). Sa tête pensante est Eugène Deloncle, son bras-droit Jean Filiol."
https://fr.wikipedia.org/wiki/Cagoule_(Osarn)
Le "PNR" était un nouveau parti dissident, à partir de décembre 1935, des "Camelots du Roi", branche "activiste" de l'Action Française, jugée devenue trop "molle" pour cette nouvelle "tendance" qui se transforme donc, après sa dissolution, en "OSARN", communément dénommée "La Cagoule", par la suite...
A cette occasion il est important de souligner que si la vie politique de l'époque est aussi "fractionnée", et tant à gauche qu'à droite, le fait est que chaque fraction, même relativement "minoritaire", arrive à drainer un nombre de militants et de sympathisants proportionnellement beaucoup plus important que la plupart des "fractions" et des partis de la vie politique française actuelle.
Le niveau d'activisme et de violence politique "extrémiste", d'un bord comme de l'autre, surpasse également nettement les épisodes même les plus violents de notre siècle en France, tels que la mort de Quentin Deranque.
Quant à la violence sociale quotidienne, elle reste difficilement comparable, mais il semble bien, malheureusement, que notre époque puisse néanmoins assez largement "challenger", sur ce plan, cette période d'entre-deux guerres.
Les rapports de domination de classe, quoiqu'il en soit, ne résident de toute façon pas essentiellement dans la violence sociale ni politique, mais en principe et par définition dans les rapports de production, du moins tant qu'il y en a, et c'est précisément là la différence essentielle entre l'époque d'entre-deux guerres qui a produit les régimes réellement "fascistes" au sens de la définition historique, économique et sociologique du terme, et la nôtre, où ce vocable est galvaudé par les résidus d'une "gauche" devenue incapable d'analyser l'évolution des rapports de production depuis plusieurs décennies déjà.
Comme on l'a déjà vu, il y a une incapacité, déjà, à appréhender ne serait-ce que le degré réel de tertiarisation de la société, c'est à dire en clair la dissociation massive du monde du travail d'avec les processus productifs.
Alors qu'à l'époque du Front Populaire, la question des rapports de production était massivement et directement au cœur des préoccupations politiques et sociales des groupes et des classes en conflits.
Dans un article "fondateur" en date du 1er Juillet 1927 Ernest Mercier lui-même nous en propose une définition simple et radicale:
« La solution du « redressement français». Elle dérive d'une vérité fondamentale, négligée par le collectivisme.
La richesse essentielle d'une nation réside dans sa capacité totale de travail, sans aucune distinction entre le travail manuel et le travail intellectuel, inséparables. Le principal élément de la valeur des objets est le travail humain qui y a été incorporé au moment de leur fabrication; le travail humain est l'origine de toutes les richesses; pour obtenir plus de ressources, il faut améliorer les conditions du travail; en diminuer les déchets, les pertes passives, les gaspillages; en alléger la peine; en accroître l'efficacité. Les possibilités que nous offre cette voie sont illimitées. Ainsi, accroître, en France, de 25% le rendement de la main-d'œuvre, c'est libérer, au profit de la production nouvelle, le salaire de 1,500,000 ouvriers,ce qui représente 17 milliards par an; améliorer notre travail agricole pour obtenir de nos terres le rendement que tire l'Allemagne d'un sol moins fécond sous un ciel moins clément, c'est accroître nos revenus annuels de 12 milliards. » In "Le Temps", page 5, "Manifeste du "Redressement Français",
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k246679p/f3.item
Il est particulièrement remarquable, dans ce "Manifeste", que si cette "vérité" concernant la "valeur des objets" fabriqués est selon lui "négligée par le collectivisme", c'est pourtant exactement et quasiment au mot près la définition que Marx lui-même donne de la valeur!
La question de savoir d'où Ernest Mercier tenait cette définition restera sans doute pour toujours un "mystère de l'histoire" mais le fait que l'enjeu de la lutte sociale soit la valeur créée par le travail productif et directement intégrée à la marchandise au cours du processus productif lui-même est parfaitement caractéristique de la différence fondamentale qui sépare cette époque de capitalisme encore en phase ascendante de la nôtre, presque entièrement basée sur une économie d'échanges de services entre catégories sociales les plus diverses, mais toutes consommatrices de marchandises dont la production leur est tout à fait étrangère en termes de rapports sociaux.
Le "manifeste" de 1927 a trouvé sa nécessité et sa raison d'être en "remplacement" de celui initialement écrit par le Comte de Fels, et qui tendait précisément à instiller des concepts politiques "antiparlementaires" dans la démarche du mouvement, entraînant donc l'exclusion du dit Comte et de sa coterie. Malgré son opposition de principe aux conceptions de la gauche française de son temps, Ernest Mercier entendait donc conserver son mouvement sur des positions essentiellement "libérales" au sens économique originel du terme, assorties de considérations sociales réformistes qui lui ont donc attiré la vindicte d'une partie importante de ses pairs, et de quelques activistes restés dans l'organisation, le poussant finalement à l'autodissolution de son mouvement en 1935. Néanmoins, ayant épousé en seconde noces, en 1927, Marguerite Dreyfus, la nièce d'Alfred, il se retrouve donc persécuté par les antisémites durant la guerre, dont quelques éléments "radicaux" issus de son mouvement, qui étaient passés au pétainisme.
Contrairement à ce qu'avance Xavier de Jarcy il ne semble donc pas possible d'établir une liaison organisationnelle réelle entre le "Redressement Français" et la "Cagoule", ne serait-ce qu'en raison du gap temporel entre la dissolution de l'un et la fondation de l'autre, outre l'incompatibilité évidente entre l'histoire personnelle de Mercier et l'activisme antisémite.
Bien évidemment, en fonction du nombre important d'adhérents au mouvement, plus de 10 000 à l'origine, il était donc inévitable que quelques "transfuges" passent de l'un à l'autre mouvement, mais sans que cela ressorte d'une orientation ou d'une décision politique de la part du "Redressement Français" avant sa dissolution.
Même si la tentation est grande, pour "l'historien de gauche" de vouloir en quelque sorte "coaguler" ces éléments de la droite patronale "libérale" avec le fascisme vichyssois.
Ce que n'hésite pas non plus à faire Annie Lacroix-Riz, en mal de matière pour une extension "maximum" de son concept "synarchique", qui a possiblement une base historique mais ni forcément ni surtout logiquement inclusive concernant Mercier et son "Redressement Français", dont l'histoire semble nettement se terminer avec le surgissement du Front Populaire, comme on vient de le voir, et ce qui interroge donc sur ce type d'"amalgame":
"Duchemin fut maintenu au sommet réel de la CGPF [Le MEDEF de l'époque - NDLR "Ciel de France"], mais, son nom étant officiellement lié à la signature des accords Matignon (8 juin 1936) qu’il fallait rejeter au plus tôt, il fut publiquement remplacé par un « animateur » de moindre rang, l’idéologue Claude-Joseph Gignoux.
Gignoux était (comme André François-Poncet dans la décennie antérieure) un salarié du Comité des Forges, qui l’avait depuis 1925 affecté à la direction de son quotidien La Journée Industrielle et l’avait en outre, en septembre 1931, chargé de mission dans les structures de collaboration économique avec le Reich mises en place avec la bénédiction l’État, sous une présidence du Conseil de Laval [13]. Ce cagoulard avéré avait été appelé à ce poste pour inciter « les patrons à être des patrons » [14], c’est à dire déclarer la guerre de classe et, entre autres, casser le syndicalisme renforcé par le mouvement de 1936. Sa promotion, je l’ai dit, maintenait intacte la réalité du pouvoir dans la CGPF.
L’autorité suprême y demeurait détenue par le trio Banque de France, Comité des Forges et Comité des houillères, noyau initial de la synarchie auquel s’était agrégé tout ce qui comptait dans l’économie française : d’Ernest Mercier, magnat de l’électricité et chef d’une des ligues fascistes des années 1920, le Redressement français, à Jacques Lemaigre-Dubreuil, chef d’une des ligues fascistes des années 1930, celle dite des Contribuables, nommé le 15 octobre 1936 délégué des actionnaires de la Banque de France, pour succéder aux « régents » en apparence évincés par la réforme purement cosmétique du 24 juillet. Ces synarques étaient les plus gros bailleurs de fonds, et souvent les adhérents, des ligues fascistes groupées (sans disparaître individuellement) depuis1935-1936 en Cagoule."
https://www.historiographie.info/synarchie.pdf
Dès qu'il s'agit de cette période effectivement très "trouble" d'entre deux guerres, Annie Lacroix-Riz a tendance à y voir un conglomérat plus ou moins indistinct de "synarques" et de "cagoulards", mais ici, dans le cas du mari de la nièce d'Alfred Dreyfus, et même s'il s'agit à la fois d'un capitaliste typique de ce temps et d'un idéologue patronal de la lutte des classes, ce type d'amalgame ne semble pas véritablement approprié.
Si Xavier de Jarcy, quant à lui, a du mal à embrayer sur le concept de "synarchie", il n'hésite pas, par contre, à vouloir absolument établir une continuité entre le "Redressement Français" et "La Cagoule", continuité qui ne semble exister, tout au plus, que pour quelques éléments marginaux et non pas, manifestement, de manière globale ou organique.
Mais surtout, dans un cas comme dans l'autre, et comme on l'a déjà vu à propos de l'excellent film de FranceTV sur le Front Populaire, ce qui manque terriblement, dans l'analyse et la prospective historique de notre époque, c'est l'étude en profondeur de l'évolution des rapports de production.
Luniterre
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Cliquer sur l'image ou sur le lien pour la vidéo https://youtu.be/j4mvEIlqqjQ
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