Par Antoine Potier
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Gaza
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Hiroshima
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Nagasaki
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Ce n'est pas le "Hollandais Volant", certes, mais Ingo Piepers est néanmoins un ancien officier de Marine hollandais qui a traversé la guerre de Bosnie comme Commandant de la Force de Réaction Rapide de l'ONU à Sarajevo, en 1995. Une expérience qui, plutôt que de lui donner le goût de la violence guerrière, l'a au contraire poussé à s'interroger sur l'histoire et les causes des conflits dans la société humaine. En se retirant des armes il s'est donc ensuite consacré à l'étude des systèmes complexes de la société, avec l'objectif d'en analyser les phénomènes de conflictualités historiques et les causes profondes des guerres qu'ils engendrent. C'est dans l'étude des systèmes complexes qu'il a donc fait sa thèse de doctorat en 2006.
L'originalité de sa démarche, mais qu'il emprunte en grande partie à Ilya Prigogine (Prix Nobel de Chimie en 1977), consiste donc à considérer la société humaine, et singulièrement, la société occidentale, arrivée à un certain stade d'évolution, qu'il situe vers la fin du XVème siècle, comme une seule structure dissipative d'énergie, et dont il étudie donc les différentes phases de transition, marquées par des périodes conflictuelles de grande ampleur, de nature systémique, tandis que les multiples conflits d'ordre secondaires sont au contraires plutôt des "variables d'ajustements" des périodes de stabilité.
Même si on n'adhère pas forcément à l'ensemble de ses démonstrations, auxquelles il est parfois reproché un certain empirisme, elles ont néanmoins le très grand mérite de faire avancer la réflexion sur une piste depuis trop longtemps "négligée", et pour cause, celle qui relie le déploiement des énergies humaines et économiques aux lois fondamentale de la thermodynamique. Une piste pourtant défrichées par Ilya Prigogine, suite à son Nobel de 1977, mais qui aurait logiquement pu être déjà "empruntée" par les chercheurs depuis les travaux de Clausius, voire même, ceux de Carnot, au XIXème siècle.
En conservant donc malgré tout une faible lueur d'espoir selon laquelle il ne serait pas déjà trop tard pour bien faire, il est intéressant de noter que Piepers envisageait, selon ses recherches dès 2016, le surgissement d'un conflit précisément majeur parce que systémique autour de l'année 2020.
Même si avec quelques "décalages", l'enchaînement, c'est le cas de le dire, des trois conflits en Ukraine, à Gaza et en Iran, tend à former précisément une sorte de ligne de fracture géostratégique de nature à l'évidence on ne peut plus systémique.
Paradoxalement, le point faible de l'approche théorique de Piepers c'est qu'en ne tenant pas suffisamment compte de l'évolution technologique des forces productives et de son impact sur la structure des sociétés, et notamment, en termes de stratification sociale et de rapports de production, ses exposés prennent parfois un aspect de vulgarisation métaphorique plutôt que strictement factuels.
Avec le suivi du conflit en Ukraine, notamment, puis celui de Gaza, on avait donc déjà ouvert notre propre piste de réflexion sur le thème, sur "Ciel de France", et c'est la question de l'augmentation brutale évidente de production d'entropie par une nation en guerre, que ce soit tant en termes, effectivement, de production industrielle stricto sensu, que de destructions matérielles subies, y incluant les reconstructions qu'elles impliquent aussi, et en n'oubliant pas, évidemment, et même d'abord et avant tout, les vies humaines détruites, que l'on a été amenés à creuser à nouveau la question, si l'on peut dire, et que l'on est finalement tombés sur l'histoire quasiment inconnue en France, d'Ingo Piepers.
Une réflexion qui nous a amené à évaluer les destructions subies par Gaza à l'aune de celles d'Hiroshima, de Nagasaki, et évidemment de bien d'autres zones ravagées par la seconde guerre mondiale, mais qui pose donc bien la question du caractère systémique de ces deux périodes de conflits, à un peu plus de 80 ans de distance
Et il se trouve donc que Hiroshima et Nagasaki ont été précisément bombardées les 6 et 9 Août 1945. Une occasion supplémentaire d'une réflexion on ne peut plus que jamais nécessaire.
A la suite, donc, un article de Piepers qui évoque précisément le caractère systémique de la malheureusement tragique "synergie" des trois guerres principales actuelles, ainsi que quelques liens vers des éditions PDF de ses ouvrages de fond sur le sujet.
Dans le papier republié in extenso Piepers formule un ensemble de propositions déjà radicales par rapport au rôle actuel de l'Europe, et avec une critique sous-jacente mais factuellement compréhensible de ses travers les plus voyants. Néanmoins il s'illusionne malheureusement assez gravement sur la nature réelle des institutions actuelles de l'UE, qui ne sont pas du tout le reflet d'une "identité européenne", même vague, mais seulement le reflet de la banco-centralisation de ses principaux pays ayant anciennement dominé le vieux monde et aujourd'hui entièrement parasités par l'oligarchie et la bureaucratie banco-centralistes pilotées par le Conseil des Gouverneurs de la BCE.
Le côté positif de son initiative reste néanmoins qu'il attend plutôt une mobilisation populaire structurée autour des réseaux sociaux pour imposer une nouvelle orientation internationale à la politique "européenne" au sens général du terme. Dans cette voie, l'obstacle majeur reste donc que les dites "autorités européennes" ne sont pas près de laisser se développer une telle mobilisation sans répression, directe et indirecte. La répression "indirecte", déjà en œuvre via précisément une stratégie de "contrôle" du net et des réseaux sociaux, étant radicalement la plus efficace, comme on peut déjà le voir.
Autre faiblesse, et même contradiction interne de son propos, c'est qu'il a étrangement tendance à vouloir revenir à quelque chose qui rappelle l'ordre international "libéral" de sortie de la deuxième guerre mondiale, alors même que cet ordre a historiquement déjà rencontré ses limites et les a même "dépassées" sous la forme dite abusivement "néolibérale", qui n'était en fait qu'une sorte de transition "financière" et monopoliste étatique vers le banco-centralisme, clairement établi depuis la crise de 2007-2008, désormais.
Mais vouloir en revenir à quelque chose qui reprendrait les bases "libérales" de l'après-guerre tout en voulant établir une structure internationale "normative" par ailleurs pétrie des meilleurs intentions qu'il exprime manifestement avec conviction et sincérité, c'est donc en soi une contradiction qui doit précisément nous rappeler que le "libéralisme", même le plus "sincèrement" fondé sur la liberté en principe absolue et fondamentale du marché, n'aboutit "spontanément" qu'à un ordre économique et international fondé précisément sur la "loi du plus fort", concurrence oblige, et à laquelle il prétend pourtant mettre un obstacle "normatif"...!
C'est donc une nouvelle et excellente occasion de rappeler une fois de plus que la voie "libérale" n'était pas celle choisie initialement par la majorité des nations, à l'issue de la deuxième guerre mondiale, mais au contraire qu'il existait historiquement une alternative "équitable" déjà constituée sous la forme de la "Charte de la Havane", internationalement reconnue, même si finalement rejetée sous la pression US. (Charte évidemment à cette époque sans aucun rapport avec le mouvement communiste cubain, encore tout à fait marginal et semi-clandestin.)
Le principe de cette Charte était simplement que les échanges économiques entre nations soient réglés systématiquement sur une base bilatérale négociée de façon aussi strictement équitable que possible, et non pas laissés au hasard du "libéralisme" qui finit inévitablement par l'écrasement des petits pays par les nations dominantes.
C'est un modèle de gestion qui laisse malgré tout une grande latitude au commerce libre, et qui est encore actuellement pratiqué par la Suisse, qui ne s'en porte donc pas trop mal, manifestement... Un type de gestion et de contrôle des échanges grandement facilité, à notre époque, par les moyens de comptabilité informatique, mais sans qu'il soit pour autant besoin de l'IA dans ce processus, ce qui règle donc également le problème d'une réglementation à ce sujet, par ailleurs drastiquement nécessaire dans d'autres domaines déjà envahis par l'IA, en espérant que ce soit encore possible!
En conclusion, on n'est donc pas non plus, sur Ciel de France, des "inconditionnels" des théories de Piepers, pas plus que des analyses de Charles Sannat ou d'autres économistes que nous republions parfois, mais nous vivons une époque où, malgré le déluge de "communications" publiées quotidiennement, les idées et approches à la fois nouvelles et cohérentes avec l'évolution du réel restent en fin de compte rarissimes et peu relayées, et donc il serait stupide de trier pour ne conserver que des sources "pures de toutes scories idéologiques" d'un bord ou de l'autre. Les idées et analyses réellement originales et cohérentes avec l'évolution actuelle transcendent nécessairement tous les clivages, à commencer par ceux de la "source" elle-même.
C'est en quelque sorte ce que l'on pourrait appeler "l'effet delta": les idées véritablement utiles, même parties de très "haut", des "cimes" isolées les unes des autres, finissent par se rejoindre à la mer, même si encore parfois avec des trajets finalement différents, en utilisant toutes les pentes favorables possibles, qu'elles soient plutôt à droite ou à gauche, et voire même, au centre...
Luniterre
26 avril 2026
Systemic crises are not interruptions of history: they are the mechanism through which international orders are dismantled and rebuilt.
The conflicts now running simultaneously across Ukraine, Gaza, and Iran are not isolated emergencies. They are fronts in a larger transition: the decomposition of the post-1945 order and the contest over what replaces it. In that contest, the decisive advantage does not go to the strongest military or the largest economy. It goes to the actor who articulates the normative architecture of the next order while the current one is still collapsing. Europe - but there are other candidates - is positioned to do this. It is not doing it.
I. The FDR Lesson: Crises as Normative Opportunity
Franklin Roosevelt (FDR) understood something that most strategists miss: systemic transitions are moments of maximum plasticity. When existing norms dissolve and new ones are not yet established, the field is open for whoever moves first with a coherent framework.
The Atlantic Charter, signed in August 1941, was not a declaration of victory, the war was far from won. It was a strategic pre-emption: a normative architecture for the post-war order, drafted and projected while the crisis was still active. The principles it established - self-determination, open trade, collective security - became the foundation of the United Nations, the Bretton Woods institutions, and the broader liberal international order. Roosevelt did not wait for the dust to settle. He shaped the settlement from within the chaos.
The lesson is precise: the actor who defines the organizing principles during the transition determines what the next order looks like. Military outcomes matter, but they do not automatically translate into normative authority. That requires deliberate articulation, at the right moment, with enough credibility to be taken seriously.
II. Why Values Are Now a Realist Argument
The standard objection to any values-based framework in international relations is familiar: the world runs on power and interests, not principles. This is the Realist position, and it has dominated strategic thinking for decades. The objection deserves a direct answer; not a moral one, but a structural one.
The classical Realist assumption holds that states can maximize power and interests without proportionate systemic blowback. That assumption was defensible in a loosely coupled international system, where gains for one actor did not automatically generate cascading costs across the system. That world no longer exists.
In a tightly coupled, highly interconnected system - which is the world of 2026 - the cost function of unilateral power maximization has shifted fundamentally. Sanctions on Russia destabilize European energy markets. A trade war with China disrupts American supply chains. A blockade of the Strait of Hormuz raises energy costs for importers globally, including the initiating party. Power projection now operates through the connective tissue of the system, and that connective tissue generates feedback that flows back to the projecting actor.
The structural consequence is this: an actor that correctly calculates its long-term self-interest in 2026 will behave like a liberal institutionalist; not out of conviction, but out of logic.
System stability becomes self-interest when destabilization is sufficiently expensive. The convergence of Realist and Idealist behavior is not a moral achievement. It is an outcome of the cost function.
This matters for the argument that follows. A Global Charter, a federated institutional architecture, shared frameworks for climate, poverty, and security: these are not utopian projects. They are the logical output of a cost function applied consistently at the right time horizon. The objection that this is “too idealistic” mistakes the framing. The question is not whether it is idealistic. The question is whether the alternative - unrestrained power competition in a tightly coupled system - is sustainable. The empirical record says it is not.
III. The West Has Spent Its Credibility
There is no point in proposing a values-based international architecture without first acknowledging the damage that has been done to the very concept.
The Global South - home to the majority of the world’s population, and to the states whose alignment will determine the shape of the next order - does not view Western values claims with skepticism born of ignorance. It views them with skepticism born of observation.
The observation is straightforward: the same categories of action - territorial violation, mass civilian casualties, disregard for rulings of international legal institutions - produce diametrically opposite Western responses depending on who commits them.
This is not a propaganda point. It is a documented pattern. And it has a strategic consequence: the Western normative framework is read, across large parts of the world, not as a principled position but as an instrumental one: deployed selectively to serve particular interests. That reading is, analytically, difficult to contest.
Living outside the Western bubble makes this clearer, not more distant. The credibility deficit is real, it is earned, and it will not be resolved by better communication strategies. It can only be resolved by consistent application of the principles being claimed.
This is not a moral lecture directed at Europe. It is a strategic diagnosis. If Europe wants to carry normative authority in the coming transition, it requires credibility among precisely the actors it needs to convince. That credibility is currently absent. Recovering it requires explicit correction of the double standard, most visibly on Gaza and the application of international law. Not because it is morally obligatory - though it is - but because without it, the instrument proposed below is empty before it is launched.
IV. Europe’s Window and Its Condition
The United States, under its current administration, has largely withdrawn from the role of normative anchor of the international order. This creates a differentiation opportunity for Europe that did not exist five years ago.
Differentiation is not a diplomatic euphemism: it means Europe must now explicitly distance itself from Washington’s positions, recognizing that the United States, under its current course, has become the most consequential source of instability in the international system.
Europe can position itself as the actor that maintains continuity with the founding principles of the post-1945 order; not as a deputy to Washington, but as an independent normative force.
The window is real. It is also narrow, and it comes with a hard condition.
Europe cannot credibly claim the mantle of a rules-based order while exempting other governments from the rules. The condition for European normative leadership is internal coherence: the same standards applied to the same categories of action regardless of the actor. This is not a high bar in principle. In current European politics, it represents a significant departure from practice.
The paradox is visible: Europe wishes to project values-based leadership while avoiding the specific decision - consistent application of international law - that would make that leadership credible. This is not sustainable as a strategic position. The actors Europe needs to reach are not confused about the inconsistency. They are drawing conclusions from it.
V. The Instrument: A Global Charter
What would a credible European normative initiative look like in practice?
Not a declaration of European values as a model for others. That framing is precisely the arrogance that has corroded Western credibility. The instrument needs a different architecture: not “here are our values” but “here are the shared challenges that no state can solve alone, and here is a framework for addressing them together.”
This architecture must also reckon with a new category of actor: globally operating technology firms - including AI developers now subject to nascent international regulatory frameworks - that exercise systemic influence comparable to mid-sized states, without corresponding accountability to any international order.
Part of the content already exists. For example, the United Nations Sustainable Development Goals - poverty reduction, climate mitigation, biodiversity, health, security - represent a negotiated global consensus on what the shared challenges are.
They are not Western property. They emerged from a multilateral process and command broad nominal endorsement. The problem is not the content. The problem is the absence of an institutional structure with the authority and capacity to actually pursue them.
VI. A Global Charter — conceived as an Atlantic
Charter for the current transition, would do three things.
The vehicle for this is not primarily diplomatic. Social media and global transparency have fundamentally changed the economics of normative projection. A coherent, credible framework can reach populations directly, bypassing governments that prefer the status quo. The infrastructure for a global normative campaign already exists. What is missing is the content and the credibility of the sender.
VI. How Idealistic Is This, Actually?
The anticipated objection is clear: this is visionary but not realistic. The response is equally clear: define realistic.
A continuation of the current trajectory - power competition intensifying in a tightly coupled system, climate thresholds crossed without adequate collective response, systemic crises escalating in frequency and destructive capacity - is not a realistic alternative. It is a path whose costs are quantifiable and whose terminal logic is not ambiguous.
The argument for a federated international architecture is not that it is achievable tomorrow. It is that it is the only design that is structurally coherent given the system we actually inhabit. A world of nine billion people, tightly coupled by trade, information, climate, and weapons, cannot be stably governed by a framework designed for sovereign states maximizing power in a loosely connected eighteenth-century system. The mismatch between governance architecture and system reality is itself a source of instability.
Visions articulated now shape what is politically conceivable later. FDR’s Atlantic Charter was dismissed in 1941 by many as premature idealism. It became the institutional reality of 1945. The timing of normative articulation matters: it is most effective at moments of maximum systemic plasticity, which is precisely where we are.
Europe faces a choice; not between realism and idealism, but between short-term and structural self-interest. A Global Charter grounded in shared challenges, advanced by a Europe that applies its own standards consistently, is not a utopian project. It is the logical conclusion of a cost function applied at the right time horizon.
The question is not whether Europe has the institutional capacity for this. It does. The question is whether it has the strategic clarity to recognize the moment, and the political courage to correct the inconsistencies that currently make it an implausible messenger.
Neither answer is predetermined. But the window does not stay open.
https://www.linkedin.com/pulse/values-idealism-2026-only-realism-works-ingo-piepers-m5f5c/
Liens PDF vers les ouvrages d'Ingo Piepers >>>
2020: WARning (2016) Patterns in war dynamics reveal disturbing developments
2020: WARning (2017) Patterns in war dynamics reveal disturbing developments
https://www.academia.edu/38904806/Patterns_in_War_Dynamics
On the Thermodynamics of War and Social Evolution (2019)
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