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Il ne suffit pas de se dire « marxiste » pour l’être : il faut commencer par aborder la réalité telle qu’elle est et tenter d’en discerner les évolutions en cours d’un point de vue dialectique, en tenant donc compte des contradictions (…sans sombrer dans la pseudo-« dialectique » binaire du maoïsme ), c’est ce qui s’appelle le matérialisme dialectique.
Mais il se trouve donc que dans ce débat le seul qui se revendique du « marxisme » est celui qui est effectivement le moins éloigné de la réalité, même s’il lui reste encore à passer du « logiciel » de pensée trotskyste à une approche plus globale des fondamentaux du XXIème siècle.
Il nous dit que son père est venu en France pour travailler chez Simca, dans les années 70…
« Anecdote » : son père et moi-même avons donc potentiellement été « collègues » dans cette entreprise…
« Anecdotes » vécues : les ouvriers marocains étaient à l’époque directement « importés » dans l’usine de Poissy à partir de la filiale marocaine de Simca, avec le contrat de travail et la carte « obligatoire » (en pratique) du syndicat patronal dans la poche.
Le niveau moyen des salaires chez Simca était supérieur au reste de l’industrie automobile, y compris Renault, mais les cadences et la quantité de travail, en fonction, nettement plus élevées. C’est pourquoi Simca avait besoin d’un tel système pour tenir ses chaînes de production fonctionnelles : le bureau d’embauche recrutait sur place en permanence des travailleurs attirés par le seul « chiffre » du salaire proposé, mais les embauches « locales » constantes n’équilibraient pas les départs, vers des usines moins « exigeantes », question quantité de travail. (Quasiment pas de chômage, à l'époque...!)
Néanmoins, toute une classe d’ouvriers français désireux de profiter d’un niveau de vie un peu plus élevé restaient durablement dans cette usine, et considéraient le système d’importation de la main d’œuvre marocaine comme un moyen de pression sur leurs salaires également.
Sur les chaînes de production tout le monde travaillait donc ensemble, très dur, par la force des choses, et surtout celle des « petits chefs », dont certains particulièrement oppressifs et même, agressifs.
A l’heure du repas, dans la cantine gigantesque de l’époque (environ 20 000 ouvriers travaillant par équipes à l’usine de Poissy), les deux « communautés » se séparaient complètement : les marocains d’un côté, les français de l’autre. Il n’y avait pas d’« apartheid » établi par aucun règlement ni code, mais simplement par une sorte de tradition de formation des tablées par équipes de travail, qui se « séparaient » donc, pendant l’heure du repas, comme l’huile et le vinaigre cessent de se mélanger quand la sauce cesse d’être mise en mouvement…
Idem dans les transports en commun spécialement affrétés, à l’époque, pour cette gigantesque usine.
Transgresser cet état de fait était un comportement absolument impossible, et socialement incompréhensible, rejeté d’un côté comme de l’autre : je le sais pour l’avoir essayé…
Néanmoins, « anecdote » brutale, un ouvrier marocain qui avait décidé de rentrer au pays a carrément abattu son « petit chef » avant de réussir à quitter la France, sans se faire prendre…
Sur sa chaîne, son « petit chef » n’était pas du tout raciste et opprimait de la même manière particulièrement féroce les ouvriers français et marocains : un des rares moments, sinon le seul, pour autant que je m’en souvienne, qui a « transcendé » la barrière « communautaire », et raciste, de par le fait.
Le « fascisme », syndicalo-corporatisme, en fait, chez Simca-Chrysler, n’était pas qu’une « légende urbaine », et la résistance non plus… Mais le communautarisme, combiné avec la division et la hiérarchisation sociale restait l’arme absolue du système.
Les formes ont changé, avec la désindustrialisation, mais le communautarisme est resté l’arme maîtresse du système pour diviser, en premier lieu, ce qui reste de la classe ouvrière.
Le prétendu « vote populaire de protestation » pour le RN est bien avant tout un vote communautaire, qui associe la gauche à la fois à ses « échecs », c'est-à-dire à sa collusion avec le système, et à l’aspect communautaire qu’elle cherche à se donner, notamment avec Mélenchon et ses diatribes contre les « français de souche ».
Même s’il y a des catalogues de revendications démagogiques d’un côté comme de l’autre, pour attirer le chaland, ce qui domine et détermine, et explique les déplacements de voix entre chaque tour, c’est finalement le vote « contre »…
Un coup « à droite populiste » comme « option antisystème », un coup « à gauche démago unifiée » contre le « fascisme »-racisme du RN, et au milieu, la macronie, qui continue d’« arbitrer »…
Anasse Kazib a donc raison de souligner, entre autres points, qu’une radicalisation rationnelle des luttes sociales, au lieu du saupoudrage réformiste et kollabo actuel, ce serait déjà un premier pas vers le retour de l’unité ouvrière et populaire, sur des bases de résistance collective, et non pas seulement individuelle et/ou communautaire.
Ensuite, ou mieux, dans la foulée, restera à construire une alternative unitaire qui ne soit pas qu’un catalogue de revendications, démagogiques en pratique, car complètement déconnectées de tout moyen réel de leur réalisation.
Luniterre
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